Le voile et les retraites : les désaccords Le Pen-Bardella sortent au grand jour
Après la rentrée du RN à Hénin-Beaumont, le 13 septembre, franceinfo détaille les points de friction entre Marine Le Pen et Jordan Bardella : le voile, qu'elle veut interdire dans tout l'espace public quand il refuse une « police du vêtement », et les retraites. Un cadre du parti estime que « Jordan a du mal à prendre ses nouvelles marques ». Cela pose la question de savoir si sa fiche doit continuer à porter les positions de Marine Le Pen.
Dimanche 13 septembre, Marine Le Pen a fait sa rentrée à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Jordan Bardella y fêtait ses 31 ans. Derrière l'image d'unité, un reportage de France Télévisions décrit de « vraies tensions » dans le duo.
Selon ce reportage, tout s'est joué le 7 juillet, quand Marine Le Pen a été condamnée en appel mais est restée éligible. Elle a choisi de se présenter, avec pour Jordan Bardella la promesse de Matignon. Un cadre du RN confie : « Jordan a du mal à prendre ses nouvelles marques. Ce n'est pas simple pour lui. » L'intéressé répond : « C'est une campagne à deux. Je ne redeviens pas numéro 2. »
Les désaccords se sont multipliés. Marine Le Pen veut interdire le voile dans l'espace public, quand Jordan Bardella ne veut pas d'une « police du vêtement ». Ils sont aussi en désaccord sur la réforme des retraites. Le reportage note enfin la place prise par la famille de Marine Le Pen dans sa campagne.
Quelle place pour la religion dans l'espace public ?
Marine Le Pen : Interdire le voile dans tout l'espace public
Veut interdire le voile dans l'espace public, au nom de la lutte contre l'islamisme.
Jordan Bardella : Interdire le voile dans tout l'espace public
Veut étendre l'interdiction des signes religieux de l'école à « la sphère publique », par référendum, tout en refusant « une police du vêtement ». Source
Le sujet en bref
La loi de 1905 sépare les Églises et l'État. Le débat porte sur son application : certains candidats défendent une laïcité de tolérance ouverte aux pratiques religieuses, d'autres veulent appliquer la loi telle quelle, d'autres encore renforcer le contrôle des financements et étendre les interdits, jusqu'à l'interdiction du voile dans tout l'espace public.
Les chiffres clés
Atteintes à la laïcité signalées à l'école : 4 280 (-35 %) (année scolaire 2024-2025, source)
Interdiction de l'abaya à l'école : confirmée par le Conseil d'État (septembre 2023, source)
Voile dans les compétitions sportives : interdiction votée par le Sénat, pas encore adoptée par l'Assemblée (février 2025, source)
Ce que dit la loi aujourd'hui
La loi de 1905 sépare les Églises et l'État et garantit le libre exercice des cultes. La loi de 2004 interdit les signes religieux ostensibles aux élèves des écoles publiques, étendue à l'abaya par une note de rentrée 2023 validée par le Conseil d'État. La loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République » encadre les associations cultuelles, l'instruction en famille et impose la neutralité aux délégataires de service public.
Ce qui a changé depuis 2022
Après l'assassinat de Dominique Bernard à Arras en octobre 2023, le ministère a renforcé le suivi des atteintes à la laïcité, qui reculent depuis 2024. L'abaya a été interdite à l'école en 2023. Le Sénat a voté en février 2025 l'interdiction des signes religieux dans les compétitions sportives, texte que l'Assemblée n'a pas encore adopté.
Défend le retour à 62 ans et les carrières longues à 60 ans.
Le sujet en bref
La réforme de 2023 fait passer l'âge légal de départ de 62 à 64 ans d'ici 2030. C'est l'un des sujets les plus clivants de la campagne : certains candidats veulent revenir à 62 ou 60 ans, d'autres garder 64 ans, d'autres encore repousser vers 65 ou 67 ans et développer la retraite par capitalisation.
Les chiffres clés
Âge légal de départ : 64 ans pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1969, après le décalage d'une génération (2026, source)
Décret de suspension : décret n° 2026-344 du 7 mai 2026, applicable aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026 (8 mai 2026, source)
Dépenses de retraite : 422 milliards d'euros, soit 14,1 % du PIB (2025, source)
Solde du système de retraite projeté : -2,4 points de PIB en 2070, contre -0,2 point (5,1 milliards d'euros) en 2025 (rapport annuel COR, juin 2026, source)
Âge moyen de départ à la retraite : 63,1 ans en 2025, 64,6 ans en 2070 (rapport annuel COR, juin 2026, source)
Ce que dit la loi aujourd'hui
La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 relève l'âge légal de 62 à 64 ans par paliers de trois mois par génération et accélère le passage à 43 annuités. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 suspend la montée en charge de cette réforme pour la génération 1964 et pour les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, avant qu'elle ne reprenne pour les générations suivantes. Le décret d'application a été publié au Journal officiel le 8 mai 2026 et s'applique aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026.
Ce qui a changé depuis 2022
La réforme des retraites de 2023, adoptée par 49.3 après plusieurs mois de grèves, a été le grand conflit social du quinquennat. En 2025, un « conclave » entre partenaires sociaux n'a pas abouti à un accord. À l'automne 2025, le gouvernement Lecornu a accepté de suspendre la réforme jusqu'à la présidentielle pour obtenir un budget, ce que le Parlement a voté dans la LFSS 2026.