Budget 2027 : 54 milliards d'économies, la gauche menace de censurer

Sébastien Lecornu a présenté un budget de 54 milliards d'euros d'économies, sans lesquelles le déficit approcherait 6,5 % du PIB. Fabien Roussel parle de « casse sociale ». Dès le 15 septembre, La France insoumise promettait la censure « quoi qu'il arrive », et le 12, Marine Le Pen disait préférer un budget « imparfait, opérationnel » avant les élections. Bruno Retailleau exige en échange le retour de la réforme des retraites.

Jeudi 17 septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté les grandes lignes du budget 2027 : 54 milliards d'euros d'économies. Sans elles, « le déficit 2027 tutoierait les 6,5 % du PIB », a-t-il dit. La charge de la dette doit augmenter de 10 milliards d'euros l'an prochain. Les retraités seraient mis à contribution pour un effort « inférieur » à 6 milliards, par une désindexation des pensions ou la fin d'un abattement de 10 %.

La gauche s'y oppose. Dès le 15 septembre, Mathilde Panot, cheffe des députés LFI, avait prévenu : « Nous censurerons quoi qu'il arrive ». Après les annonces, elle a dénoncé un « budget de coupes budgétaires ». Le PS parle de « potion d'austérité ». Fabien Roussel dénonce une « casse sociale ». Au RN, Jordan Bardella estime que le budget « va accroître les difficultés financières » du pays.

Marine Le Pen avait fixé sa ligne le 12 septembre au Touquet : « Un budget imparfait opérationnel avant les élections est préférable cette fois à une loi spéciale. » Elle refuse toutefois tout « blanc-seing » et toute « hausse d'impôt ». De son côté, Bruno Retailleau a annoncé que LR demanderait le retour de la réforme des retraites de 2023, suspendue l'an dernier : « Il est hors de question de voter un appauvrissement des retraités si le gouvernement n'est pas à l'heure et au rendez-vous de sa propre responsabilité ».

Sébastien Lecornu dit ne pas vouloir utiliser le 49.3 ni les ordonnances s'il n'y a pas d'obstruction. Le débat au Parlement s'ouvre en octobre. La CGT appelle à une journée de mobilisation le 29 septembre.

Sources

France 24, Lecornu présente un budget avec 54 milliards d'économies, 17 septembre 2026 · Public Sénat, Bruno Retailleau demande le retour de la réforme des retraites · franceinfo, « Nous censurerons quoi qu'il arrive », tranche Mathilde Panot, 15 septembre 2026 · franceinfo, Marine Le Pen préfère un budget « imparfait, opérationnel », 12 septembre 2026

Leurs positions : dépense publique

L'État doit-il dépenser plus ou moins ?

  • Fabien Roussel : Dépenser beaucoup plus, quitte à emprunter

    Programme de « jours heureux » : hausse des salaires, embauches massives dans l'hôpital et l'école.

  • Marine Le Pen : Réduire la dépense sans casser les services

    Annonce 125 milliards d'euros d'économies et un État qui « doit réduire drastiquement sa dépense », sans couper dans les prestations : des économies présentées comme indolores, sur la fraude, l'immigration et l'Europe.

  • Bruno Retailleau : Couper fort dans la dépense et les impôts

    Propose le gel des dépenses de l'État, des retraites et des prestations, et la suppression de deux jours fériés.

  • Olivier Faure : Dépenser plus sur les services publics

    Refaire de la proximité des services publics une priorité, avec un nombre minimal de services garanti par bassin de population, et réinvestir dans les fonctions vitales que sont la santé, l'éducation, le logement et la mobilité. Source

  • Jordan Bardella : Réduire la dépense sans casser les services

    Porte le même programme que Marine Le Pen, avec un accent plus libéral sur l'entreprise.

Le sujet en bref

La dépense publique française représente environ 57 % du PIB, l'un des niveaux les plus élevés d'Europe. Le débat porte sur son volume : certains candidats veulent dépenser davantage pour les services publics, quitte à emprunter, d'autres veulent la réduire fortement pour baisser les impôts et le déficit. Entre les deux, plusieurs défendent le niveau actuel.

Les chiffres clés

  • Dépense publique : 57,2 % du PIB (2025, source)
  • Déficit public : 152,5 milliards d'euros (5,1 % du PIB) (2025, source)
  • Prélèvements obligatoires : 43,6 % du PIB (2025, source)
  • Premier poste de dépense : Protection sociale : 693 milliards d'euros (41 %) (2024, source)
  • Dépense publique totale : 1 714,1 milliards d'euros (2025, source)

Ce que dit la loi aujourd'hui

Le budget de l'État est voté chaque année dans la loi de finances, celui de la Sécurité sociale dans la loi de financement de la Sécurité sociale. La France est sous procédure européenne pour déficit excessif depuis juillet 2024 et doit ramener son déficit sous 3 % du PIB d'ici 2029. La Cour des comptes juge en février 2026 que la baisse du déficit reste trop lente pour stabiliser la dette.

Ce qui a changé depuis 2022

Après le « quoi qu'il en coûte » du Covid et les boucliers tarifaires sur l'énergie de 2022 et 2023, le déficit a dérapé à 5,8 % du PIB en 2024. Le budget 2025 n'a été adopté qu'en février 2025 après la censure du gouvernement Barnier. Le budget 2026 a combiné hausses de prélèvements et gel de certaines dépenses, et la dépense publique a ralenti à +2,5 % en 2025.

Tous les candidats : dépense publique

Leurs positions : retraites

À quel âge doit-on partir à la retraite ?

  • Fabien Roussel : Retour à 60 ans

    Retraite à 60 ans, marqueur du PCF qu'il porte depuis 2022.

  • Marine Le Pen : Revenir à 62 ans

    Défend le retour à 60 ans pour les carrières longues, 62 ans sinon.

  • Bruno Retailleau : 65 à 67 ans, plus de capitalisation

    « L'âge minimal de départ, c'est 63 ans », avec une décote, un taux plein automatique à 65 ans qui suivra l'espérance de vie, et de la capitalisation pour « 25 à 30% des retraites des jeunes » (LCI, 22 septembre 2026). Source

  • Olivier Faure : Revenir à 62 ans

    Abroger la réforme Borne et ramener l'âge légal à 62 ans, avec une durée de cotisation de 43 annuités réductible selon la pénibilité. Source

  • Jordan Bardella : Revenir à 62 ans

    Défend le retour à 62 ans et les carrières longues à 60 ans.

Le sujet en bref

La réforme de 2023 fait passer l'âge légal de départ de 62 à 64 ans d'ici 2030. C'est l'un des sujets les plus clivants de la campagne : certains candidats veulent revenir à 62 ou 60 ans, d'autres garder 64 ans, d'autres encore repousser vers 65 ou 67 ans et développer la retraite par capitalisation.

Les chiffres clés

  • Âge légal de départ : 64 ans pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1969, après le décalage d'une génération (2026, source)
  • Décret de suspension : décret n° 2026-344 du 7 mai 2026, applicable aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026 (8 mai 2026, source)
  • Dépenses de retraite : 422 milliards d'euros, soit 14,1 % du PIB (2025, source)
  • Solde du système de retraite projeté : -2,4 points de PIB en 2070, contre -0,2 point (5,1 milliards d'euros) en 2025 (rapport annuel COR, juin 2026, source)
  • Âge moyen de départ à la retraite : 63,1 ans en 2025, 64,6 ans en 2070 (rapport annuel COR, juin 2026, source)

Ce que dit la loi aujourd'hui

La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 relève l'âge légal de 62 à 64 ans par paliers de trois mois par génération et accélère le passage à 43 annuités. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 suspend la montée en charge de cette réforme pour la génération 1964 et pour les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, avant qu'elle ne reprenne pour les générations suivantes. Le décret d'application a été publié au Journal officiel le 8 mai 2026 et s'applique aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026.

Ce qui a changé depuis 2022

La réforme des retraites de 2023, adoptée par 49.3 après plusieurs mois de grèves, a été le grand conflit social du quinquennat. En 2025, un « conclave » entre partenaires sociaux n'a pas abouti à un accord. À l'automne 2025, le gouvernement Lecornu a accepté de suspendre la réforme jusqu'à la présidentielle pour obtenir un budget, ce que le Parlement a voté dans la LFSS 2026.

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