Villepin veut inscrire la négociation sociale dans la Constitution
Au Grand Jury du 27 septembre, Dominique de Villepin a proposé d'« inscrire dans la loi et même la Constitution la nécessité de passer par la négociation », avec une charte sociale qui donne la main aux syndicats. Pour les retraites, il veut un système par points qui laisse à chacun le choix de son âge de départ.
Invité du Grand Jury RTL, M6, Public Sénat et Ouest-France le dimanche 27 septembre, Dominique de Villepin a proposé de donner une place nouvelle aux syndicats : « Je veux inscrire dans la loi et même la Constitution la nécessité de passer par la négociation ». Il veut donner aux syndicats, par une « charte sociale », la primauté dans ce travail de négociation.
Interrogé par un auditeur sur le CPE, qu'il avait retiré en 2006 après une forte mobilisation des jeunes et des syndicats, il dit en avoir tiré « toutes les leçons possibles », notamment « la nécessité d'une concertation très profonde ».
Pour les retraites, il décrit une méthode en plusieurs étapes : une commission d'experts, une conférence sociale, une convention citoyenne en parallèle, et peut-être un référendum. Il défend un système par points qui laisserait « totale liberté à chacun de choisir son âge », avec « une exigence d'équilibre » : les partenaires sociaux fixeraient la valeur du point selon l'espérance de vie et les métiers.
Dominique de Villepin n'est pas encore officiellement candidat. Il reconnaît des difficultés pour réunir les 500 parrainages, car « les partis politiques traditionnels ne veulent pas partager ». Sur le financement de sa campagne, il assure n'avoir « aucun souci ».
Attaché à la Ve République et à la fonction présidentielle d'arbitrage.
Le sujet en bref
La Ve République a 68 ans et son fonctionnement est régulièrement remis en question. Certains candidats veulent une VIe République avec assemblée constituante, d'autres la proportionnelle et des référendums citoyens, d'autres de simples ajustements. Une partie souhaite stabiliser la Ve ou renforcer le pouvoir de l'exécutif.
Les chiffres clés
Recours au 49.3 : 23 engagements de responsabilité sous la 16e législature (gouvernement Borne) (2022 à 2024, source)
Motions de censure : 23 motions de censure et 8 engagements de responsabilité (49.3) (17e législature, depuis juillet 2024, source)
Budget 2026 par 49.3 : trois recours au 49.3, le dernier le 30 janvier 2026, après une loi spéciale promulguée le 26 décembre 2025 faute de budget voté à temps (janvier et février 2026, source)
Ce que dit la loi aujourd'hui
La Constitution du 4 octobre 1958 organise un régime semi-présidentiel : président élu pour cinq ans (quinquennat depuis 2000), Premier ministre responsable devant l'Assemblée nationale, article 49.3 permettant de faire adopter un texte sans vote sauf motion de censure (limité depuis 2008 aux textes budgétaires plus un texte par session). Les députés sont élus au scrutin majoritaire à deux tours, sans proportionnelle. Le référendum d'initiative partagée (article 11, révision de 2008) n'a jamais abouti à une consultation, et le dernier référendum national date de 2005.
Ce qui a changé depuis 2022
Sans majorité absolue après les législatives de juin 2022, le gouvernement Borne a utilisé 23 fois le 49.3, notamment pour les budgets et la réforme des retraites de 2023. Le président a dissous l'Assemblée le 9 juin 2024 ; les législatives des 30 juin et 7 juillet 2024 ont produit une Assemblée sans majorité. Le gouvernement Barnier a été censuré le 4 décembre 2024 (première censure depuis 1962), le gouvernement Bayrou a perdu un vote de confiance le 8 septembre 2025, puis Sébastien Lecornu a été nommé, a démissionné et a été renommé le 10 octobre 2025 ; le budget 2026 a de nouveau été adopté par 49.3 en février 2026.
S'est dit favorable à l'abrogation de la réforme portant l'âge légal à 64 ans.
Le sujet en bref
La réforme de 2023 fait passer l'âge légal de départ de 62 à 64 ans d'ici 2030. C'est l'un des sujets les plus clivants de la campagne : certains candidats veulent revenir à 62 ou 60 ans, d'autres garder 64 ans, d'autres encore repousser vers 65 ou 67 ans et développer la retraite par capitalisation.
Les chiffres clés
Âge légal de départ : 64 ans pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1969, après le décalage d'une génération (2026, source)
Décret de suspension : décret n° 2026-344 du 7 mai 2026, applicable aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026 (8 mai 2026, source)
Dépenses de retraite : 422 milliards d'euros, soit 14,1 % du PIB (2025, source)
Solde du système de retraite projeté : -2,4 points de PIB en 2070, contre -0,2 point (5,1 milliards d'euros) en 2025 (rapport annuel COR, juin 2026, source)
Âge moyen de départ à la retraite : 63,1 ans en 2025, 64,6 ans en 2070 (rapport annuel COR, juin 2026, source)
Ce que dit la loi aujourd'hui
La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 relève l'âge légal de 62 à 64 ans par paliers de trois mois par génération et accélère le passage à 43 annuités. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 suspend la montée en charge de cette réforme pour la génération 1964 et pour les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, avant qu'elle ne reprenne pour les générations suivantes. Le décret d'application a été publié au Journal officiel le 8 mai 2026 et s'applique aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026.
Ce qui a changé depuis 2022
La réforme des retraites de 2023, adoptée par 49.3 après plusieurs mois de grèves, a été le grand conflit social du quinquennat. En 2025, un « conclave » entre partenaires sociaux n'a pas abouti à un accord. À l'automne 2025, le gouvernement Lecornu a accepté de suspendre la réforme jusqu'à la présidentielle pour obtenir un budget, ce que le Parlement a voté dans la LFSS 2026.